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El Watan du 18-03-1999
 
L’autre visage de Hamrouche
En se montrant serein et prêt à discuter de tout, Mouloud Hamrouche a réussi son passage à l’émission «Alternance». 
D’emblée, on savait qu’il allait être accroché sur la question de la légalisation du FIS, la nuit du 4 juin 1991, les marches intervenues dans un climat insurrectionnel et, bien entendu, les réformes économiques que son gouvernement a initiées. Il a été moins évasif et prudent que Mokdad Sifi, plus précis et nettement meilleur que l’islamiste Abdallah Djaballah. Les prochains candidats ont intérêt à mieux relire leurs fiches, car désormais le débat n’est plus aux généralités et à la surenchère dans la critique. Bouteflika, excellent orateur, a confirmé son passage le 23 mars ; Taleb-Ibrahimi reste évasif tandis que Aït Ahmed s’est désisté à deux reprises. 
Hamrouche a situé les enjeux et c’est là où il est fort : le changement du système, une transparence dans la poursuite des réformes et dans la vie politique. L’homme a gagné en maturité, en 1991 il avait 47 ans. Enfant du système — il n’en a jamais fait un mystère —, Hamrouche connaît le pouvoir de l’intérieur, ses mécanismes et ses forces occultes. S’il n’utilise pas la langue de bois, il n’en reste pas moins réservé sur les acteurs et les décideurs. Du moins, il évite de les citer. Il précise que la tâche qui lui était dévolue, en s’occupant de l’exécutif sous l’ancien président Chadli Bendjedid, ne concernait que le volet strictement économique, alors que les aspects de politique, de sécurité et d’affaires étrangères étaient sous la coupe du chef de cabinet à la Présidence de la République. Les initiés savent qu’il fait allusion à Larbi Belkheir.  
Peut-on dire que Mouloud Hamrouche réhabilite la bienséance en politique, puisqu’il épargnait des personnalités de premier plan ? Ou signe d’une animosité refoulée ? On ne sait pourquoi il avait fait appel au groupe ACT dirigé par Benhaïm (un juif marocain), donné un aperçu sur le swap, autant de dossiers qui lui étaient «sortis» par ses adversaires quand il était chef de gouvernement. 
C’est parce qu’il remettait en cause le système de la rente, disait-il, qu’il fut déstabilisé. L’invité d’«Alternance» reconnaît un tant soit peu qu’il a fait des erreurs dans la gestion du FIS, «un parti alors légal». 
Par calcul et naïveté, Mouloud Hamrouche s’est complètement gouré sur le parti de Abassi. L’affaire des placettes publiques soumises au diktat des islamistes a été fatale pour lui. Son tort est qu’il pensait gérer politiquement un parti qui avait déjà montré ses capacités de nuisance. Hamrouche traînera pendant longtemps cette «casserole». 
Sur le plateau d’«Alternance» il n’a évoqué Chadli qu’après qu’une question lui fut posée. Son silence autour de l’ancien président, dont le nom est peu rentable en pleine période électorale — alors que celui de Houari Boumediène a la faveur des candidats —, a été remarquable et remarqué. 
Hamrouche sait parler en public, il a les cheveux plus grisonnants et, fait notable, s’est délesté de son cigare (en public) et de son chapelet. Etre en costume-cravate est moins gênant qu’apparaître avec un gros cigare (signe, à tort, d’opulence). S’il a clairement dit qu’il ne réhabiliterait pas l’ex-FIS, Hamrouche a évité de parler de terrorisme et du chadlisme. Cependant il nie avoir été derrière le discours prononcé par Chadli, qui est à l’origine, en partie, de l’explosion d’Octobre. 
Hamrouche avait une stratégie d’appropriation du pouvoir, parce que c’est un homme de pouvoir. Aujourd’hui son message est qu’il veut changer le système de l’intérieur. 

M. Bh