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La Tribune du Jeudi 18 Mars 1999
En appelant les Algériens à participer massivement au scrutin
Aït Ahmed et Mouloud Hamrouche sont convaincus du succès des présidentielles

L’enjeu de leurs actions est d’imposer l’Etat de droit comme le grand thème de la campagne. Il s’agit également de débarrasser le pays du statu quo politique qui a caractérisé la période passée par des mécanismes et des pratiques consacrant la démocratie, la justice au service du citoyen, ainsi que les libertés publiques et individuelles
 

Par N. Azzouz et A. Ghezali
 
Aït Ahmed a réaffirmé hier sa très grande conviction de voir les élections présidentielles du 15 avril amorcer une sortie de crise véritable. Cette certitude, plusieurs fois répétée par un homme qui a eu tout le temps d’observer d’un œil aigu la scène politique, constitue à elle seule un gage de succès, mais aussi une volonté de soutenir et d’encourager jusqu’au bout le processus électoral. L’enjeu ? Les garanties du président de la République à tenir une élection transparente et crédible (voir article de Rabah Iguer en page 3 à propos de l’installation du nouveau Conseil supérieur de la magistrature). Ainsi que l’existence sur le terrain d’alternatives, dont celle du FFS, à même de moduler positivement la vie politique algérienne vers un jeu politico-institutionnel davantage ouvert. Un véritable défi puisque l’objectif est de débarrasser le pays du dangereux statu quo dans lequel la transition l’a plongé. Avec, comme conséquences graves, une sédimentation de tous les facteurs possibles de blocage.Lors de sa conférence de presse, hier à l’hôtel El Djazaïr, Aït Ahmed a insisté, à cet égard, sur la nécessité de réhabiliter l’Etat de droit en Algérie. Une profession de foi qu’il n’a jamais cessé de défendre et pour laquelle il considère que les élections présidentielles peuvent être une grande chance pour la concrétiser. «Cette première alternance, écrit Aït Ahmed dans sa déclaration préliminaire à sa conférence de presse, porte en elle toutes les futures alternatives de paix, de démocratie, de développement et de justice sociale [...] Elle est chargée d’un véritable processus de changements capables de préparer à la fois la société et les institutions aux défis du troisième millénaire». Aussi, poursuit-il, «ai-je la conviction que vous saurez, comme toujours, trouver les formes et les ressources d’une mobilisation enthousiaste et responsable pour gagner le pari de l’alternance».Pour sa part, et lors de son passage à l’émission «Alternance», Mouloud Hamrouche a fait de l’Etat de droit la pierre angulaire de son projet contenu dans son «contrat politique avec la société». Pour Hamrouche, l’Etat de droit est antinomique avec la gestion autoritaire de tous ses aspects de vie sociale. Cette politique du «bâton» est mue par une conception paternaliste des relations entre Etat et société, par une confusion entre Etat et pouvoir, bref, par une confiscation des pouvoirs des différentes institutions par «le pouvoir de l’ombre» qui a réussi à s’imposer progressivement comme «tuteur» de citoyens considérés mineurs à vie. Dans son programme électoral, le candidat réformateur résume ainsi les origines immédiates de la crise : «Derrière une apparence de modernité et une façade de pluralité, on a tenté d’imposer une solution illusoire par la concentration des pouvoirs de décisions politiques et économiques au sein de sphères réduites.» Cette démarche a donc eu pour effet, selon Hamrouche, «d’accentuer la précarité de nos institutions, d’éroder la cohésion nationale, de diviser la société, d’alimenter les frustrations, de ronger les fondements de l’Etat et sa stabilité et d’entamer l’autonomie du pays». L’absence de l’Etat de droit rend ainsi caduque toute tentative de polariser la majorité des citoyens autour d’un projet de sortie de crise, dans le contexte des mutations sociales qu’a connues l’Algérie depuis près de vingt ans. Pour Hamrouche, rejoignant Aït Ahmed, la démocratie est la libre organisation de la société devant en faire un contre-pouvoir capable de contrôler les différents pouvoirs. Le rôle de l’Etat consiste, dans cette perspective, à réguler les différentes dynamiques d’expression démocratique et d’arbitrer en permanence entre les différents intérêts. La démocratie signifie enfin pour Hamrouche comme pour le président du FFS l’avènement de pouvoirs légitimes à tous les niveaux, capables de mobiliser le potentiel national à tout moment pour affronter les difficultés conjoncturelles.

N. A./A.G.