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ALGERIE-FMI-REECHELONNEMENT
  (Extrait d’une  interview accordée à l’hebdomadaire la Nation en 1996)
- Il ne peut mettre un terme à l'isolement de l'Algérie, ce n'est pas vrai. Parce que le choix du rééchelonnement, la nature de l'action sur le plan économique est une action d'isolement par nature. C'est comme un malade qui va consulter des experts qui lui prescrivent une médication sachant que cette médication est uniforme. On vous donne l'ordonnance, vous rentrez chez vous, vous suivez le traitement et on vous surveille de loin. Cette situation, cette gestion vous empêche d'aller développer des relations bilatérales avec vos partenaires. Désormais, vous avez un seul partenaire avec qui vous négociez, si on peut parler de négociation dans ces conditions. En réalité, il n'y a pas de négociation ; c'est comme un malade qui va chez un médecin, il n'y va pas pour négocier, il ne fait que suivre un traitement qu'on lui prescrit. Donc par définition, le choix du rééchelonnement est un choix d'isolement. Ceci est d'autant plus vrai que l'Algérie, ce n'est pas uniquement sur le plan bilatéral qu'elle ne peut plus négocier, elle ne peut non plus aller sur le marché financier puisque le marché financier est fermé dès qu'on entre dans le rééchelonnement. Les seules possibilités qui restent sont les lignes de crédits qui dépendent de la bonne volonté de certains partenaires et de certains gouvernements amis. Voilà la réalité. Ça c'est sur le plan économique. Ce n'est pas encore une rupture de l'isolement, au contraire c'est un renforcement de l'isolement. Maintenant sur l'aspect politique, un pouvoir qui est isolé à l'intérieur ne peut parler à l'extérieur que d'une voix très basse parce qu'il va pour essayer d'expliquer sa situation sur le plan interne. Il demande aux partenaires de l'aider et de le comprendre parce qu'il n'est pas dans une situation confortable. Quand on n'est pas à l'aise dans son propre pays, évidemment les autres vous regardent différemment. Donc, on ne peut avoir des rapports normaux avec un tel pays, pas uniquement avec un tel pouvoir. En effet, la violence aidant aujourd'hui, pratiquement le pays est isolé sur le plan diplomatique, sur le plan circulation des personnes, la population est contenue à l'intérieur de ses frontières et les séries de maladresses (problèmes des visas, des compagnies aériennes...) développent et renforcent l'isolement. Lorsqu'on observe aujourd'hui le nombre de pays occidentaux qui délivrent des visas ici en Algérie, il n'y en a pas beaucoup. A ma connaissance, il n'y en a que deux. Quant au reste, ils délivrent les visas à partir d'autres pays, quant à la France elle délivre les visas à partir de son propre territoire. Voilà la situation du pays. La seule fenêtre qui reste ouverte aujourd'hui c'est avec la Tunisie et encore avec des aléas et des problèmes à ne plus finir, si on en croit des témoignages d'Algériens qui ont eu l'occasion d'aller en Tunisie. Donc, le pays est complètement isolé. Ce ne sont pas les voyages, les déplacements ou les déclarations qui peuvent nous faire oublier cet isolement. Nous sommes mis en quarantaine.

- Avez-vous été impressionné par la rigueur avec laquelle est appliqué le programme conclu avec le FMI ?

- Le terme "avec rigueur" est de trop. Les réformes liées à l'extérieur sont appliquées avec zèle. Et pour cause, il y a le marteau du FMI. On est obligés de donner des indices, des signaux comme quoi on applique. On a réduit le niveau de vie des Algériens . Cette action s'inscrit dans la logique d'épargner un maximum de devises pour rembourser sa dette. On a dit qu'on est en train de libérer le commerce extérieur, mais en réalité on a "libéré" le commerce extérieur pour le livrer aux mêmes réseaux qui sont à l'origine de la crise et de la dette de l'Algérie. Effectivement, on a pris des mesures au niveau de la gestion et de la rigueur budgétaire pour essayer de réduire les déficits. C'est une bonne chose en soi. On a pris des mesures de dévaluation du dinar à outrance qui ont dépassé toutes les normes et toutes les prévisions. Voilà ce qu'on est en train d'appliquer. Par contre, les autres aspects liés au réajustement structurel qui sont internes et qui ont une implication directe au niveau de l'entreprise, ceux-là sont restés sur le papier. On est incapables de les appliquer parce que cela nécessite une adhésion, une explication et un soutien, que ce soit des travailleurs, des gestionnaires ou de la population. Dans la situation actuelle, on est incapables d'obtenir ces conditions pour les réaliser. Ça suppose aussi qu'il y a une action qu'il faut engager au niveau de la restructuration industrielle qui est une opération d'une ampleur énorme. On n'en a pas, dans les circonstances actuelles, les capacités. Et là aussi, on peut se justifier comme le font les partis politiques qui ne peuvent pas aller à la base parce que les conditions sécuritaires n'autoriseraient pas une telle action. Or, aujourd'hui, on a l'impression qu'on ne veut rien aborder parce que la situation sécuritaire impose à tout le monde de rester dans des réduits. Que fait-on aujourd'hui? On propose des palliatifs, on entreprend des actions mineures qu'on présente comme de grandes actions économiques et politiques alors qu'en réalité elles ne représentent absolument rien sur le plan économique, telle la privatisation. Aujourd'hui, on monte l'opinion publique, les syndicats et on mobilise "l'appareil médiatique" pour parler de "l'impératif de la privatisation". Là aussi, je précise que la privatisation est une opération économique. Elle était inscrite dans la logique des réformes. Nous avons été les premiers à l'afficher malgré la domination des certitudes de l'époque, l'opinion était chatouilleuse sur la question du secteur public, malgré cela on l'a affichée avec courage. Nous avons dit, nous n'avons pas d'autres moyens que de se soumettre aux règles de l'économie de marché. C'est-à-dire c'est le marché qui décide du maintien ou de la disparition d'une entreprise. Pour ce faire, il fallait créer une bourse, coter l'ensemble des entreprises et à ce moment-là les entreprises se vendent et s'achètent. La privatisation est pour nous une opération économique et n'a jamais été considérée comme une opération politique, encore moins idéologique. J'ai le sentiment lorsque j'entends ou je lis les discours actuels, que la privatisation est un dogme idéologique comme si la privatisation sera la solution miracle pour l'économie nationale. Encore une fois, on est en train d'inverser les séquences comme on l'a fait depuis l'été 91. On a inversé les séquences des réformes pour ne pas dire bloquer ce qui a débouché sur des crises successives et l'errance des gouvernements et du discours économique depuis cette date pour revenir en fin de compte, simplement au niveau du discours - je le précise encore - au discours des réformes, mais pas dans la pratique. On dit qu'il faut commencer par les entreprises malades ou qui ne marchent pas. Conséquence de cette option, il faut d'abord trouver quelqu'un qui a de l'argent pour l'investir dans une entreprise qui ne fonctionne pas. Auquel cas, il va l'acheter pour une somme dérisoire. Ensuite, dès qu'il l'achète, la première action qu'il engagera c'est de licencier et puis il sera obligé de redéployer ou restructurer pour pouvoir modifier sa production en termes de qualité et de quantité. Ces opérations demandent du temps. Ce sont des actions économiques brutales qui heurtent de plein fouet les travailleurs. Le fisc n'a rien à en attendre parce que c'est une opération de restructuration qui demande du temps, de l'argent, une rentabilité du capital qui ne peut venir que plus tard. Et en même temps une réduction de la production parce qu'il faut la restructurer complètement pour pouvoir être compétitif sur le marché. Je ne pense pas que le privé puisse agir autrement. Dans ce cas, ce n'est pas rentable globalement pour l'économie nationale. Par contre, si on avait décidé de commencer par les entreprises qui fonctionnent, qui sont au moins équilibrées sinon excédentaires, cela devient alors une action purement économique. Elle n'est plus politique, ni idéologique. Cela veut dire lorsqu'il y a une offre d'une entreprise qui fonctionne, qui fait du bénéfice, d'abord elle va s'apprécier à son prix réel et rapporter de l'argent si la collectivité veut la vendre. Ensuite , l'acheteur sait qu'il achète quelque chose qui fonctionne , qui produit et qui fait du bénéfice et pense qu'il peut l'améliorer, donc il va gagner davantage que ce qu'il gagne aujourd'hui avec cette entreprise. Donc tout de suite, dès qu'il l'achète, il va l'améliorer. En l'améliorant, il ne va ni licencier ni réduire la production, au contraire il va l'augmenter. Il va payer ses impôts à l'Etat, ses cotisations à la sécurité sociale. Cela signifie que c'est une action économique rentable sur le plan macro-économique parce que c'est un plus en termes d'efficacité économique qui vient sur le marché et non un outil qu'on retire du marché. Si l'on doit privatiser, il faut privatiser ce qui marche très bien ou qui marchera encore mieux. Et les entreprises malades il faut les assainir, il faut les aider et les récupérer . Globalement, il ne faut pas, dans l'opération de privatisation, que le potentiel de l'économie nationale diminue. Au contraire, il faut qu'il augmente en termes de quantité, de qualité, donc de compétitivité. Aujourd'hui, on dit que non. On fait comme si on avait honte et qu'il fallait se justifier aux yeux de l'opinion publique. On n'a pas le courage de dire que l'on privatise pour des raisons économiques et, en même temps, on n'a pas le courage de dire que l'on privatise pour des raisons politiques. On dit que l'on privatise parce que l'entreprise est malade, elle ne marche pas.

Plus que jamais, il faut se garder de confier la gestion économique à des bureaucrates ou à des pseudo-idéologues national-populistes.

- On parle beaucoup de l'usage qui est fait de l'argent du rééchelonnement. Peut-on parler aujourd'hui d'une rente du rééchelonnement ?

- On peut parler d'une pratique rentière . Il faut aussi parler de l'utilisation de l'argent rendu disponible par le rééchelonnement, car il n'y a pas d'argent produit par le rééchelonnement. Dans les conditions actuelles de fonctionnement de notre économie, quelles que soient les sommes d'argent rendues disponibles, notre commerce extérieur , du fait de sa structuration, ne peut fonctionner que dans la logique du système ancien qui était un système gaspilleur, un système de rente. Donc effectivement on peut parler d'une utilisation rentière de l'argent rendu disponible par le rééchelonnement. J'avais déclaré il y a deux ans , que si on va au rééchelonnement, le rééchelonnement profite aux commerçants, il ne profite ni à l'industrie nationale, ni aux industriels partenaires de l'Algérie, parce que l'argent rendu disponible par le rééchelonnement va d'abord aux produits finis. Donc, ce sont les mêmes affaires, les mêmes pratiques qu'on maintient au niveau des flux avec nos partenaires. Et malheureusement, cette opération n'est pas rentable sur le plan industriel et, de plus, elle maintient les pratiques monopolistiques qui ont cours depuis 30 ans sur notre commerce extérieur; elle maintient les mêmes réseaux quel que soit le discours sur la libéralisation du commerce à la concurrence.

D'un autre côté, elle tue l'industrie nationale puisque, maintenant, l'argent rendu disponible est utilisé d'abord pour les produits finis. D'où , aujourd'hui, depuis qu'on a entamé le rééchelonnement, nos entreprises de production souffrent énormément et voient leur situation se dégrader de mois en mois et leurs dettes augmenter à travers les découverts et les intérêts sur découverts. En réalité, cette situation condamne définitivement la totalité des entreprises industrielles de production. Rien n'est venu pour les soutenir, alléger leur fardeau, leur dette. Leurs charges augmentent parce qu'elles manquent d'inputs, parce qu'elles manquent d'argent pour importer les intrants . Schématiquement voilà la situation.

(Extrait d’une  interview accordée à l’hebdomadaire la Nation en 1996)
  
Extrait de l’intervention de Mouloud Hamrouche au CC FLN DU 07/07/94
….. L’arrêt du processus démocratique en juin 1991 et l'interruption de l'application des reformes économiques depuis 3 ans, ont conduit à deux résultats majeurs:

une stérilité politique née du fait de l'interdiction des libertés d'opinion et d'expression,

- un étranglement économique et financier.

Du fait de cet étranglement, le pays a été oblige de recourir au rééchelonnement de sa dette. Je voudrais à cette occasion, infirmer ce qui a été rapporté dans certaines déclarations affirmant que le rééchelonnement s'inscrivait dans la démarche des réformateurs, que la privatisation était programmée également dans les reformes, et qu'en fin de compte, tout ce qui se fait aujourd'hui ainsi que les charges que supportent le citoyen et le travailleur sont la conséquence des reformes décidées auparavant.

Ceci est faux... Les mesures qu'on applique aujourd'hui n'ont rien a voir avec le contenu des reformes que nous avons tente de mettre en œuvre. En plus elles ne visent plus les mêmes bénéficiaires. Ceci appelle les clarifications suivantes:

1 ) la privatisation n’était pas pour nous une fin en soi. Elle figurait parmi les instruments et mécanismes d'impulsion de l’activité économique et de sa régulation; c'est à dire qu'elle pouvait se justifier économiquement dans l'avenir, mais après libération définitive de l'entreprise de son déficit industriel, commercial et financier et après évaluation de son capital en toute transparence sous forme d'actions cotées en bourse. A ce moment seulement, la privatisation peut devenir bénéfique industriellement, économiquement et financièrement et s’opérer par la proposition des actions a leur valeur réelle, sous le contrôle de l'opinion publique et de la commission des contrôleurs de la bourse, c'est à dire que cette opération se réaliserait selon les règles du marché et non selon une démarche administrative ou venue d'en haut, ni par la volonté d'un homme ou d'un groupe d'hommes. Ainsi sera-t-il exclu de disposer par le fait du prince, des biens du peuple, a travers l'exercice du pouvoir ou des décisions administratives sur une base de copinage ou de népotisme.

2 ) nous avons engage des reformes structurelles profondes pour corriger les déséquilibres les plus aigus, comme nous avons recouru au reprofilage bilatéral évitant ainsi le piège du rééchelonnement. Cette démarche, vous l'aviez adoptée à la session de mars 1990, elle a permis de mobiliser 5,6 milliards de dollars.

Aujourd'hui, le rééchelonnement et le passage par le club de paris se sont imposes pour que l'on puisse bénéficier d'un report d’échéances de 4 milliards de $ dès cette année, a condition que les négociations bilatérales avec nos partenaires s’achèvent avant la fin de l’année. Ces efforts ne pourront pas régler le problème car nous serons tenus de revenir plusieurs fois au club de paris a partir d'avril de l’année prochaine pour rééchelonner les échéances de 1995, 1996, 1997 pour le moins. Cette opération table sur une hypothèse, que je considère hasardeuse, selon laquelle l’économie nationale deviendrait, est partir de 1998, capable de générer des ressources importantes permettant le remboursement du service d'une dette pouvant atteindre 34 milliards de $ tout en réservant un financement important des besoins de la production et de la consommation, dépassant les 12 milliards de $, ce qui implique qu'il faudra disposer de ressources financières extérieures supérieures ont 16 milliards de $. Je doute que notre économie avec la structure actuelle de sa production soit en mesure d'exporter significativement autre chose que des hydrocarbures. Tout le monde connaît le volume de nos hydrocarbures, les limites de sa production et de son exportation et la non maîtrise par l’Algérie des prix et quantités exportées.

3 ) il existe des différences fondamentales entre le programme pour lequel le F.M.I. a donne son accord le 3 juin 1991 et le programme actuel de stabilisation accompagne de rééchelonnement:

A ) le programme pour lequel le F.M.I. a donne son accord le 3 juin 1991 était un programme de restauration des équilibres et de reforme structurelle de l’économie. Ce programme n'a été soumis au F.M.I. sous forme de lettre d'intention qu’après avoir obtenu un consensus national sur son contenu, après correction de certains déséquilibres a travers la loi de finances de 1990 et la loi sur la monnaie et le crédit, après avoir dégagé des excédents au budget de l’état des 1990, après élaboration et adoption par l'APN de la loi de finances et la loi portant plan national pour 1991. En outre les mesures financières et sociales prévues dans la loi de finances avaient fait l'objet de négociations avec le syndicat en octobre 1990 et février - avril 1991, négociations clôturées par un accord consacre par un communique commun gouvernement UGTA. De même qu'une large concertation avec les opérateurs économiques avait lieu. Ce sont toutes ces mesures et ces actions négociées avec le syndicat et les opérateurs, convenues au niveau national entre gouvernement et députés, qui constituent le contenu de la lettre d'intention adresse ont l'institution financière internationale. Cela signifie que cette lettre contient des décisions algériennes, et exprime une volonté nationale sur la manière de traiter la crise économique du pays. Par contre, le programme de stabilisation avec rééchelonnement contient des solutions préétablies non soumises a négociations.

B) si les conditions financières du pays venaient à imposer la fermeture d'un quelconque complexe industriel ou le licenciement d'une partie des travailleurs, cela interviendrait selon notre programme, après concertation et par une décision algérienne donc une volonté nationale. Dans le programme actuel, cela interviendrait au titre d'une décision imposée de l’extérieur. D'autre part, a supposer que le programme de rééchelonnement réussisse et permette le retour a la croissance économique -- ce que je souhaite -- le mérite en reviendrait à l'institution internationale et a ses experts et non aux cadres algériens.

C) concernant l'autonomie de décision économique et sociale, dans notre programme nous assumons seuls la responsabilité de la décision sur les deux volets, alors que l'accord actuel se situe à l'oppose parce que:

--l'allocation des ressources entre les secteurs a travers le budget ne sera plus de la compétence d'une autorité nationale seule, mais sera réalisée après accord et contrôle du F.M.I.
--la fixation de la valeur du dinar et son ajustement en fonction de l’évolution de la situation financière devra se réaliser sous le contrôle des institutions financières internationales.
--la mise en place de toute politique sociale ne pourra se faire après accord du F.M.I.
Tous ces éléments font apparaître, comme vous le voyez des différences fondamentales entre la démarche de reformes et la démarche du rééchelonnement qui est devenu incontournable en raison des erreurs commises, malgré le fait que nous avons attire l'attention, des le début de la mise en œuvre des reformes, sur ce que l’Algérie ne disposait que d'une marge de manœuvre étroite, marge que nous avons essaye d'exploiter avec lucidité et maîtrise afin que le pays n'emprunte pas la voie du rééchelonnement.

Mais aujourd'hui, plus de deux ans d'errements, et de fuite devant les responsabilités des gouvernements qui se sont succédés depuis juin 1991 et qui n'ont pas su tirer profit des mesures économiques prises et exploiter les possibilités offertes par les reformes, ont rendu cette issue inéluctable. Les tensions politiques et sociales de l’époque ne justifient qu'en partie ce revers.

Le gouvernement actuel ne peut être tenu pour responsable de cette situation -- pas plus d'ailleurs que le gouvernement de M. Redha Malek. Ceci dit, j'affirme d'autre part que ces engagements malgré leur rigueur, engagent aujourd'hui l’Algérie, ayant été pris en son nom, ce qui impose à toutes les institutions et administrations ainsi qu'ont tous les citoyens d'agir pour leur respect et de se mobiliser pour leur application parce que ceci n'engage pas seulement un gouvernement, une personne ou un groupe de personnes mais le pays. Il n'existe plus d'autre choix, leur non respect entraînerait l’Algérie dans une situation beaucoup plus difficile que celle induite par les conditions et les répercussions du rééchelonnement.

D) de la confidentialité des négociations et du secret de l'accord:

-- l'accord du F.M.I. du 3 juin 1991 sur le contenu de la lettre d'intention ne constitue pas un accord secret comme cela a été prétendu, car le contenu de cette lettre était le programme du gouvernement qui a été débattu avec les partenaires sociaux et amende par les instances nationales avant être arrêté;

-- alors qu'aujourd'hui on refuse d'informer les opérateurs et les partenaires sociaux ainsi que l'opinion publique du contenu du nouvel accord afin que le peuple sache ce qui l'attend comme difficultés et qu'il se prépare à les affronter et les surmonter.

A partir de cela il est possible de faire aujourd'hui la différence entre la confidentialité des négociations et le secret de l'accord, d'autant plus que le dernier accord ait été signé dans un contexte de dégradation de la situation sécuritaire et politique du pays dans des proportions très dangereuses.

Ce retour sur les événements du passe proche et l’éclairage de certains contours et tournants ne signifient nullement la recherche de boucs émissaires. Il a pour objet de faire connaître comment ont évolué les choses, étant entendu que chacun doit assumer sa part dans les erreurs commises. Il est évident que nous avons notre part d'erreurs et de responsabilités. Le FIS a sa part d'erreurs et de fautes. Les autres partis également. Le pouvoir a sa part d'erreurs et de responsabilité sur ce qui s'est passe.
 

Extrait de l’intervention de Mouloud Hamrouche au CC FLN DU 07/07/94
 

(Extrait d’une  interview accordée  au quotidien LE SOIR D’ALGERIE le 03/01/97)
…………. Le Soir: Vous avez signé la lettre d’engagement avec le FMI alors que vous étiez à la tête de l’exécutif. A présent que les réformes sont entamées, quelles évaluation faites-vous du travail effectué par vos successeurs?

Mouloud Hamrouche: Non. Je n’ai pas signé de lettre d’engagement avec le FMI comme vous dites, mais le Gouvernement que je présidais, a envoyé une " LETTRE D’INTENTION " qui contenait les réformes que l’Algérie avait engagée et comptait mettre en œuvre. Ceci a permis à notre pays d’accéder à un refinancement de la dette à plus de cinq milliards et demi de dollars et a eu pour effet de desserrer la contrainte extérieure et de faire baisser légèrement le stock de la dette. Les réformes que j’ai eu à conduire étaient élaborées par des algériens et conduites sous l’autorité du pays. Les mesures qu’on applique aujourd’hui, sont des implications du réechelonnement et des conditions imposées par le FMI et la Banque Mondiale. Les mesures qui naissent d’un rééchelonnement sont des conditionnalités et non des réformes globales. Ces conditionnalités, à elles seules, produisent des effets mitigés et des résultats aléatoires et diffèrent les problèmes de fond malgré leur coût social prohibitif.

Le risque majeur pour l’Algérie demeure la chute du prix du pétrole. Il faut savoir que ni les discours optimistes ni les promesses non fondées ni les conditionnalités du FMI n'ont de chance de modifier cette réalité. La variation d’un dollar dans le prix du pétrole entraînera un changement important dans nos finances. L’objectif principal des réformes consistait à utiliser, de manière plus efficace, les ressources en devises et permettre à l’économie algérienne d’être à même de faire face aux chutes brutales des prix du pétrole sans que l’économie n’en soit paralysée pour autant. Or, aujourd’hui on ne se préoccupe pas du devenir de notre économie. L’entreprise, son environnement bancaire, commercial et industriel, est négligé ou renvoyé à plus tard. De même l’emploi, le pouvoir d’achat, l’assainissement des transactions commerciales et foncières et la fiscalité sont absents de l’action gouvernementale. Quant à mes successeurs ils ont appliqué des recettes bureaucratiques qui sont, en grande partie, à l’origine des défaillances de notre économie ou des solutions partielles ou inadaptées préconisées par les institutions internationales.

 

(Extrait d’une interview accordée au quotidien LE SOIR D’ALGERIE le 03/01/97)
  
(Extrait d’une interview accordée au Quotidien d’Oran le 15/08/95)
……. Question: Les réformes économiques initiées par votre gouvernement furent vivement critiquées en leur temps. Les différents gouvernements n’ont cependant fait que les reprendre, sur le plan économique. Percevez vous une certaine filiation entre votre politique et celle du gouvernement actuel ?

M.H : Une réforme doit être d’abord l’expression d’une volonté nationale. Notre programme de réforme a été le produit de cadres algériens soumis en son temps à débat au sein des institutions du pays avec la participation des différents partenaires sociaux. Les critiques que vous signalez ont confirmé qu’il n’y avait pas d’autres alternatives à notre programme. C’est pourquoi, tout en dénonçant nos réformes, les gouvernements qui nous ont succédé ont tenté de les appliquer d’une manière parcellaire sans en respecter les séquences et la cohérence. Ils ont de ce fait aggravé les déséquilibres fondamentaux de l’économie, et les coûts sociaux des réformes. Quant à la dernière partie de votre question, le gouvernement actuel se limite à appliquer un ajustement né de l’accord de réechelonnement qui se résume à faire respecter les paramètres qui intéressent le FMI sans se préoccuper de volets aussi importants que l’assainissement de l’appareil de production, l’emploi, le pouvoir d’achat et la fiscalité hors hydrocarbures et revenus fixes.

 

(Extrait d’une interview accordée au Quotidien d’Oran le 15/08/95)